Choix Goncourt de l'Allemagne

Nathacha Appanah lauréate du 2e Choix Goncourt de l’Allemagne avec La nuit au cœur
L’Allemagne est généralement perçue comme le principal pays partenaire de la France en Europe, mais elle a constitué, de manière étonnante, pendant très longtemps, une tache blanche sur la mappemonde des Choix Goncourt internationaux. En effet, il existe un Choix Goncourt dans tous les pays voisins de l'Allemagne – à l’exception du Luxembourg et du Danemark –, mais pas en Allemagne elle-même. Ou disons mieux : il n’existait pas. Car en 2023, l’année du soixantième anniversaire de la signature du Traité de l’Élysée – traité qui marque le scellement de l’amitié franco-allemande après la Deuxième Guerre Mondiale –, Henning Hufnagel (de l’Université de Zurich, en Suisse, paradoxalement) a pris contact avec l’Académie Goncourt et crée l’initiative d’établir un Choix Goncourt de l’Allemagne. Très vite, de nombreux collègues ont adhéré avec enthousiasme à cette initiative, venant, au total, de 21 universités dans tous les 16 « Länder » ou régions de l’Allemagne. Il s’agit d’au moins une université dans chaque région : le Choix Goncourt de l’Allemagne recouvre donc tout le territoire de la République fédérale.
© Institut français d’Allemagne
Les « Romanistes » allemands traitent traditionnellement aussi de la littérature actuelle, de l’« extrême contemporain », contraire en cela aux usances longtemps pratiquées par la critique universitaire en France. Cette tradition romanistique remonte jusqu’aux figures « mythiques » de la première moitié du XXe siècle telles que Leo Spitzer, Erich Auerbach et Ernst Robert Curtius : si ce dernier est fameux aujourd’hui dans le monde académique entier pour La Littérature européenne et le Moyen Âge latin (1948), un de ses premiers livres, publié pendant la Première Guerre Mondiale, analyse « les défricheurs littéraires de la France nouvelle » (c’est son titre traduit en français), entre autres Gide et Claudel, ajoutant en 1925 des essais déjà sur Marcel Proust et Paul Valéry.
Il est donc d’autant plus surprenant que le Choix Goncourt de l’Allemagne s’est fait attendre. Il a été lancé avec d’autant plus de panache en Octobre 2024 : à la première édition ont participé 14 universités de 11 régions avec plus de 150 étudiants (les autres universités devraient les joindre dans les années prochaines), notamment, en ordre alphabétique des « Länder », les universités de Freiburg, Passau, Berlin (Freie Universität et Humboldt-Universität), Potsdam, Bremen, Gießen, Rostock, Düsseldorf, Münster, Kaiserslautern-Landau, Trier, Leipzig, Halle-Wittenberg. À la deuxième édition, depuis octobre 2025, ont participé 15 universités de 12 régions avec un nombre comparable d’étudiants : Freiburg, Augsburg, Passau, Berlin (Freie Universität et Humboldt-Universität), Potsdam, Bremen, Gießen, Rostock, Düsseldorf, Münster, Kaiserslautern-Landau, Trier, Flensburg, Jena.
L’enjeu du projet est de donner aux étudiantes et étudiants l’occasion de lire, dans un contexte universitaire, mais dans l’esprit de la découverte littéraire et du plaisir esthétique, les quatre œuvres finalistes choisies par l’Académie pour le Prix Goncourt, contribuant au rayonnement de la littérature et de la culture française à l’étranger, en langue française, mais offrant, en même temps, aux étudiantes et étudiants, une expérience de la littérature qui, généralement, n’est pas commune de vivre à l’université, tout en créant un réseau parmi les jeunes lectrices et lecteurs de français dans l’Allemagne entière.

© Institut français d’Allemagne
Le 2e Choix Goncourt de l’Allemagne est décerné à Nathacha Appanah pour La nuit au cœur : Séance de sélection à l’Ambassade de France à Berlin le 13 mars 2026
Dès octobre dernier, c’est-à-dire dès le début du semestre universitaire d’hiver en Allemagne, dans le cadre de cours adaptés aux besoins des programmes de chaque université, les étudiants ont d’abord étudié l’histoire et le fonctionnement du « Prix Goncourt » et jeté un coup d’œil à la liste des huit romans sélectionnés, avant de lire les quatre romans finalistes et d’en discuter en français.
Le 13 mars 2026, à l’occasion du Mois international de la Francophonie, deux délégués de chacune des quinze universités avaient l’occasion de se réunir à l’Ambassade de France à Berlin pour promouvoir le choix de leur cours, à nouveau en français, auprès les délégués des universités participantes et choisir ensemble un livre gagnant.
Animé par Annette Gerlach, la journaliste et présentatrice d’ARTE, personnage emblématique du monde franco-allemand, s’est engagé un vif débat entre les déléguées et délégués, marqué par des prises de position passionnées et soutenu par des observations très fines sur les détails et les structures des quatre textes finalistes. Dès le début, s’est dessinée une large majorité en faveur de La nuit au cœur : à cause, entre autres, de l’impact émotionnel du livre, non du moins par son style hybride, changeant même brusquement de registre et de ton, et à cause de son aspect documentaire qui cerne la problématique mondiale du féminicide dans des cas individuels évoquant très précisément la violence intime. Cette situation n’a pas empêché les déléguées et délégués de discuter des trois autres finalistes avec intensité, avant de couronner le livre de Nathacha Appanah.
Deux étudiants qui avaient été élus comme porte-parole, Valentin Andrieux (Universität Augsburg) et Sarah Reckels (Universität Münster) ont annoncé la décision lors de la réception qui a suivi dans la résidence de l’ambassadeur – avec vue sur la Pariser Platz et le Brandenburger Tor. Après l’accueil très chaleureux par Thomas Michelon, conseiller culturel et directeur de l’Institut français en Allemagne, les déléguées et délégués ont été salués aussi par un message de Roland Theis, député du parlement allemand et membre du comité directeur de l’Assemblée parlementaire franco-allemande.
Il est prévu de remettre personnellement à Nathacha Appanah ce « Choix Goncourt de l’Allemagne » lors de la sortie de la traduction allemande de La nuit au cœur.

© Institut français d’Allemagne